Je VoUS eCriS d'Un PayS LoiNtAiN

FAIRE PART DE NAISSANCE ELECTRONIQUE (3.09.2006).

 

fAirE PaRt

 

de

 

NAISSANCE ÉLECTRONIQUE



 

Il y a deux mois j'ouvre un blog à Delhi.

Ces deux mois ont été magnifiques.

De l'avenir, je n'attends rien.

Le présent me suffit.

 


Comme dans l'Himalaya, je respire avec bonheur.

J'ai goûté à la liberté

je ne saurai plus m'en passer.

 

 

La naissance d'un écrivain se fête !

J'ai deux mois, un âge idéal pour écrire, non ?

 

 

A sa naissance, Siddharta - le futur Bouddha

fait sept pas et proclame :

"Je suis le premier et le meilleur !

Je viens mettre un terme à la souffrance

à la maladie et à la mort !"

 

 

Moins précoce, j'attends 44 ans pour annoncer :

"La mort n'a aucune importance.

Il faut rêver sa vie, vivre ses rêves !"



Lionel Bonhouvrier



Publié à 05:06, le 3/09/2006, dans A1. FAIRE PART de NAISSANCE ELECTRONIQUE, Paris
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ENIGME au TEMPLE D'OR D'AMRITSAR (16.08.2006). Avec 16 PHOTOS.

 

 

ÉNIGME  au  TEMPLE  D' OR

 

d' AMRITSAR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au bord du bassin du Temple d'Or, je médite debout, ayant oublié de m'asseoir, quand un homme m'aborde en anglais.

- "Que faites-vous face au Temple d'Or ?"

-"J'hésite entre plusieurs idées pour écrire un texte à propos d'Amritsar. Pourquoi pas un texte de science fiction ? Ou bien un long poème épique sur la saga des Sikhs depuis cinq cents ans. Mais je manque de connaissances, je ne peux encore écrire un tel poème. Troisième idée : un récit superposant le Temple d'or d'Amritsar avec des lieux de Venise, notamment la piazza San Marco..."

-"Je me doutais d'une chose de ce genre", continue le Sikh avec un sourire de triomphe, "Pour vous tirer de cette indécision, voici une énigme. Avez-vous remarqué les dessins géométriques du pavement autour du bassin ?"

-"Franchement, non ! J'ai plutôt le nez en l'air. Je ne remarque ce genre de choses qu'en dernier..."

 

 

-"Eh bien, je vais vous faire gagner du temps. Une vieille légende prédit que celui qui déchiffrera tous les labyrinthes dessinés sur le pavement du Temple d'Or deviendra notre Guru. Cela vous tente-t-il ?"

Il avait un petit air "Mephisto", mon questionneur barbu, mais j'ai toujours eu un faible pour les énigmes.

 

 

-"Vous m'intéressez. Mais j'aurai besoin d'aide. Je suppose que dans ce domaine vos recherches sont fort avancées ?"

- "Bonne supposition. Je travaille sur ce sujet depuis 1989. Ma documentation devient considérable. Mais plus j'avance, plus j'ai conscience de mon ignorance. Surtout, il me manque la Grâce !"

-"Vos paroles me touchent au coeur. Comment dois-je débuter ?"

-"Acceptez-vous le défi ?"

-"J'accepte ! Mais je ne connais rien dans le domaine des dessins et labyrinthes du pavement..."

-"Vous apprendrez vite ! Il vous faudra rester quelques jours pour vous plonger dans la recherche. Le pouvez-vous ?"

-"J'ai le temps. Commençons tout de suite !"

 

 

 

Il me prend par la main, me conduit jusqu'à un labyrinthe situé au bord du bassin, côté Est, près du ghat d'ablution.

-"Regardez ! Que remarquez-vous ?"

-"Des carrés dans des croix. Cinq croix contenues dans un grand carré, limite du mandala. Les croix sont reliées par des axes horizontaux et verticaux. Lignes noires sur fond blanc."

-"Ce n'est pas mal pour une première approche descriptive."

-"Merci pour le compliment. Zéro pour l'approche explicative..."

-"Cela viendra en son temps. J'accepte de vous prendre comme élève, le temps nécessaire à votre émancipation."

 

 

 

 

 

 

Une aventure commence.

Mon maître me fait quitter le dortoir pour étrangers situé en bordure du Temple d'Or, pour une chambre à l'intérieur de l'enceinte. Même en dormant, je me rapprochais du coeur du Temple d'Or.

Mais les nuits, de plus en plus courtes, peuplées de labyrinthes sacrés, avaient le goût acre, le tempo limpide des chasses au trésor de l'enfance.

 

 

Dans le Temple d'Or, le temps est rythmé par les chants accompagnés de tablas, de pianolas ou d'harmoniums, d'une basse continue comme le tambura, et les micros portent les sons dans les moindres recoins de l'enceinte.

Les jours filent comme des étoiles-filantes.

Les nuits offrent leur infini spacial, dans leurs constellations je déchiffre des mandalas, des labyrinthes. Pendant que le soleil monte, descend, remonte, j'apprends les lignes, les formes, la géométrie sacrée des Sikhs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gourav parle très peu, se contente d'un mot, d'une indication. Ensuite, à moi de me débrouiller.

J'ai accepté un habit pendjabi, pour passer presque inaperçu quand je vais et viens dans les longs couloirs du Temple. Mais pas question de me laisser pousser la barbe, les cheveux, ou de porter le kirpan, un sabre, que je ne mérite pas.

En revanche, me plonger dans le Guru Granth Sahib, la Bible des Sikhs, est nécessaire pour mes recherches en symbolique. Après avoir photographié tous les dessins géométriques situés au bord du bassin sacré, je m'exerce à les dessiner sur de grandes feuilles fournies par Gourav, heure après heure, de nuit comme de jour. Il me regarde faire, mais ne fait guère de commentaire. De temps en temps, il hoche la tête.

 

 

Jour après jour, l'énigme me poursuit.

Sais-je vraiment ce que je cherche ? J'en doute, dès que j'essaye d'être lucide sur ma situation. Mais à quoi bon ?

Je n'ai pas le temps pour le doute, le travail est là, qui n'attend pas. Je suis dans le travail comme un ver dans le fruit. J'y creuse des galeries de plus en plus profondes. Sans doute est-ce la seule manière de vivre.

 

 

 

Joie. Joy. Freude. Alegria. Gaudio. Radost. il faudrait continuer cette liste dans toutes les langues du monde. Et porter son flambeau au coeur des ténèbres. La Joie me transporte d'un labyrinthe à l'autre, elle me guide dans leurs méandres obscurs, je ferme les yeux et le chemin s'éclaire vers la sortie la plus proche, vers la seule solution possible. Et quand je désespère, la Joie soulève ses voiles et me donne la clé.

 

 

 

 

Pour me détendre et me défendre, je récite à voix haute les poèmes de Kabir. Les Paroles de ce tisserand mystique de Bénarès tissent un véritable fil d'Ariane, sauvegarde contre le Minotaure du doute et du découragement. Elles orientent l'indifférence stellaire des espaces infinis vers une théorie de joie exubérante, avec choeurs de hautbois.

 

Aujourd'hui, je suis prêt pour l'Epreuve. Il me tarde de Combattre et je regarde avec envie les sabres autour de moi. Je pense que je réussirai. Mais je ne deviendrai pas le Guru des Sikhs. S'ils veulent un Saint, je le choisirai avec l'aide de Dieu parmi ceux qui - en ce Temple - en sont dignes.

Amritsar n'est qu'une étape. Le chemin continue vers d'autres lieux, d'autres rencontres, d'autres énigmes. Toute ma vie je me souviendrai de ces jours de recherche, rythmés par les chants sacrés du Guru Granth Sahib, portés par des musiques atmosphériques - comme des aîles d'oiseau portées par l'espace. Jours océaniques où le silence n'a pas de part, me semble-t-il - hors les nuits de silence inépuisable. 

Longue vie au peuple sikh.

 

 

 

 

 

Lionel Bonhouvrier.

  

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Publié à 07:02, le 16/08/2006, dans A2. ENIGME au TEMPLE D OR D AMRITSAR, Amritsar
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LA MAIN OUVERTE DE LE CORBUSIER (Chandigarh, 10.08.2006). Avec 12 PHOTOS.

  

 

La  MAIN  OUVERTE

 

de  LE  CORBUSIER

 

(Chandigarh)

 

 

 

 

"Je compose avec la lumière".

 (Le Corbusier). 

 

 

 

 

N'écoutez pas les petits esprits à la bouche en cul-de-poule, qui chipotent sur les réalisations d'un Grand homme.

Depuis des millénaires, il en est ainsi. Ils n'ont jamais fait avancer la civilisation. Ce sont des ronces que le vent emporte !

 

 

 Venez à Chandigarh, vous rendre compte par vous-même. Et si vous n'aimez pas, ce sera un choix personnel.

Je déteste le rédacteur anonyme qui a écrit dans le Routard (édition 2006, p :195) :"Jetez un coup d'oeil dans le secteur 1 aux grands bâtiments du gouvernement du Punjab".

Un coup d'oeil ! Certains blaireaux devraient suivre des cours de formation en architecture, ce qui leur éviterait de déraisonner. Ce serait sans doute du temps et de l'argent perdus.

Mais je ne désespère pas, même de l'homme du Kali Yuga.

 

 

En 1947 avec la Partition, la capitale historique du Pendjab, Lahore, revient au Pakistan. Le Premier ministre de l'Inde, J. Nehru, joue un rôle essentiel avec sa volonté politique de construire une ville nouvelle, future capitale indienne pour l'Haryana et le Punjab.

Le projet est approuvé par le gouvernement du Pendjab en mars 1948.

Pour la construction de Chandigarh, Nehru choisit Albert Mayer, comme architecte-urbaniste en chef au début de 1950.

Mayer dirige une équipe de spécialistes américains, qui élaborent un projet assez précis.

Mais en août 1950, Mathew Novicki, bras droit de Mayer, meurt dans un accident d'avion et Mayer renonce à son projet.

 

 

Il est alors confié à Le corbusier et son équipe, composée de Pierre Jeanneret, de deux architectes anglais : Maxwell Fry et Jane Drew, et d'un groupe d'architectes indiens (tel N.N Sharma).

Cette fondation de Chandigarh, capitale ex nihilo, est le symbole d'une fécondité créatrice, un des rares projets de ce type par siècle.

Au XXe s, on pense évidemment à Brasilia, sous la direction d'Oscar Niemeyer. L'audace était de rigueur chez la génération des fondateurs pleine de sève - les gestionnaires soucieux de leur standing viendront plus tard. Il fallait créer une capitale pour les réfugiés de la partie pakistanaise du Punjab et pour les générations futures.

Comment avoir le temps de penser à soi ?

 

 

 

D'abord, construire la Tête de Chandigarh, ses bâtiments institutionnels :

- En 1956, le Capitole et High Court (Palais de Justice, Cour suprême) :

 

 

 

 

 

- En 1958, le Secrétariat du Punjab et de l'Haryana :

 

 

 

 

- En 1962, l'Assemblée législative ou Vidhan Sabha :

 

 

Cette Assembléé Législative est un de mes bâtiments préférés, entouré d'un bassin et dans un cadre de verdure :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Certains bâtiments voulus par Le Corbusier n'ont pu être construits pour diverses raisons, souvent financières. 

Le Palais du gouverneur devait couronner la zone du Capitole.

Le Musée de la Connaissance, sorte de Maison de l'Information, prévoyait d'assister le Gouvernement pour ses prises de décision. Maquettes et plans de ces deux projets avortés sont exposés au City Museum.

On y voit également des documents sur un autre projet abandonné : la Main Ouverte sur le barrage de Bhakra, qui proposait un message de paix et d'harmonie. Ces trois projets étaient chers à Le Corbusier, mais il ne les a jamais vus se matérialiser.

 

 

 

 

Sur le Capitole, entre la Cour suprême et l'Assemblée, une sculpture-girouette haute de 26 m, la Main Ouverte, est devenue l'emblème officiel de Chandigarh. Elle n'a été construite qu'en 1985, vingt ans après la mort de Le Corbusier...

Je le cite : "Ouverte pour donner, ouverte pour recevoir".

Elle figure sur d'autres monuments (comme au bord du lac Sukhna).

 

 

 

 

 Elle est utilisée comme logo identifiant Chandigarh. Cette main ouverte exprime la volonté créatrice d'agir pour l'autre et avec autrui. Un magnifique symbole pour une ville.

 

Dans cette sculpture, je vois aussi : un oiseau en plein vol, ou même un homme criant vers le ciel.

 

 

 

"L'oiseau en plein vol" me plaît.

D'abord parce que Chandigarh est un paradis pour les oiseaux, qui y prospèrent. Corbeaux, pigeons, moineaux, étourneaux, paons, merles, canards, cygnes, tant d'oiseaux plus ou moins colorés dont j'ignore les noms...

Ensuite, parce que l'oiseau symbolise la liberté du créateur, allant librement dans l'espace, affranchi des traditions sclérosantes.

 

 

"Un homme criant vers le ciel" est une interprétation démiurgique, qui ne me surprendrait pas de la part de Le Corbusier.

 

 

Bon, me direz-vous, agacé. Mais cette omniprésence du béton ? Ces coulées kilométriques de béton d'un architecte mégalomane ?

En 1950, le béton c'était l'audace. 

De plus à l'époque, les ressources de l'Inde étaient limitées et le béton permettait des coûts de construction assez faibles.

 

 

Le Corbusier a prouvé dans maints bâtiments sa capacité à alléger la masse brute du béton.

High Court, avec ses nombreuses percées dans les piliers colorés, au long de la grande rampe, en est un exemple.

Le meilleur que je connaisse est la Tour des Ombres (Tower of Shadows), construite en 1960 près de l'Assemblée.

 

 

 

En béton, ce pavillon est d'une finesse, d'une légèreté évidentes. Ses lignes droites jouent avec le vide, la lumière et l'ombre.

Malgré ses lignes courbes, je pense aussitôt à la Tholos, à Delphes. Le Corbusier a tout calculé pour que les rayons solaires ne puissent pénétrer à l'intérieur, malgré les ouvertures, dont le nombre étonne. C'est une étude des mouvements du soleil, de la lumière et de l'ombre en leurs différentes orientations. Clin d'oeil au cosmos.

 

 

 

Ecrit au bord du lac Sukhna, au-dessus duquel les cendres de Pierre Jeanneret ont été dispersées en 1967, conformément à ses dernières volontés.

 

 

 

Lionel Bonhouvrier.

 

 


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Publié à 08:00, le 10/08/2006, dans A3. La MAIN OUVERTE de LE CORBUSIER (Chandigarh), Chandigarh
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Le ROCK GARDEN de NEK CHAND (Chandigarh, 9.08.2006). Avec 24 PHOTOS.

 

 

Le  ROCK  GARDEN

 

de  NEK  CHAND

 

(CHANDIGARH)

 

 

 

 

 

 

Oubliez toutes vos connaissances, vos soucis, videz votre esprit, libérez-le pour accueillir une expérience nouvelle.

Cela n'arrive pas chaque jour de notre vie...

Vous approchez de l'entrée. Sur le mur recouvert de galets, des cygnes se penchent vers vous. Bienvenue au Rock Garden !

 

 

Vous allez entrer dans un labyrinthe de rochers, de statuettes, de plantes, d'arbres et de fleurs, dans un labyrinthe que seuls les rêves poursuivis avec acharnement arrivent parfois à concrétiser.

 

 

Un jour de 1958, Nek Chand a commencé.

Chaque soir après son travail, il a continué.

Et aujourd'hui, chacun a le privilège d'entrer dans son monde.

Il suffit de baisser la tête, car les portes sont plutôt basses.

Ensuite, suivez le sentier.

Le palais des rêves s'échelonne au fil des escaliers, des places traversées, des rivières franchies, des cascades inattendues.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous passez entre deux murs recouverts de céramiques, sous une porte basse dont le linteau est incrusté de prises électriques.

 

 

 

 

Voici un long couloir dont les murs sont truffés de tubes fluorescents, de débris de tasses, de plats ou d'assiettes, surmontés de poteries alignées qui vous surveillent. Rassurez-vous. Pas de caméra, ce n'est pas le genre de Saini Nek Chand.

Comme Le Corbusier, Saini est un créateur. Tout cet espace vierge à occuper avec la fondation de Chandigarh... C'est l'ère des créations mythologiques. Et Saini a pensé : Pourquoi ne pourrai-je pas construire moi aussi un Royaume ?

 

 

Alors il imagine une, dix, des centaines de statuettes, en ramassant des rochers aux formes bizarres, des tessons d'assiettes, des morceaux de céramiques, il récupère tout ce qui lui est nécessaire. Dans le plus grand secret, il transporte à l'arrière de son vélo ciment et rochers jusqu'à une zone de brousse mystérieuse. Pendant dix-huit ans, le jardin des fééries s'agrandit... mais est découvert en 1976.

 

 

Les autorités le condamnent à la destruction. Occupant indument le terrain, le squatter Chand doit défendre son oeuvre. Elle est sauvée grâce à la mobilisation de citoyens, d'organes de presse.

Ensuite, les autorités décident même d'aider Nek Chand. Il peut continuer à plein temps, fourmi polarisée par son projet insensé. Insensé ? Très intelligent, au contraire !

 

 

J'ai vu deux photos de Saini Nek Chand, parmi les passionnantes archives exposées gratuitement au City Museum.

Photos d'un homme âgé, illustrant deux articles de presse de 1997, en anglais. D'après l'un de ces articles, il aurait 81 ans aujourd'hui.

J'aimerai beaucoup le rencontrer. De longues discussions seraient superflues. Simplement, le voir travailler en silence me plairait. Le voir à ce travail qui donne à sa vie toute sa dimension.

D'après un journaliste, son sourire est très doux. Une fourmi au doux sourire ! La nature réalise des miracles, dont la plupart demeurent à jamais inconnus.

 

 

Les Indiens se promènent volontiers dans les espaces inventés par Chand. Plusieurs entrées et sorties sont possibles. On peut prendre des raccourcis. Mais alors, on ne voit pas tous les palais, les chutes d`eau, les temples ou les théâtres...

 

 

 

 

La cascade aux Trois Pavillons est une magnifique surprise. On pense aux Jardins du Generalife à Grenade, avec une belle cascade en supplément. Les visiteurs adorent s'y faire photographier.

Plus loin, c'est la place au Puits, où ce dernier est surmonté d'une armature métallique en forme de cloche.

 

 

 

 

Vous croyez être au bout de ce circuit ? Plusieurs places et volées d`escaliers sont nécessaires pour arriver à un énorme mur d'eau.

 

 

 

 

Au-dessus, des sculptures d'hommes assis sur un tabouret contemplent la cascade. Cela mène au toit-terrasse du palais.

 

 

 

 

Du haut des pavillons carrés, aux toits en bulbe recouverts d'éclats de céramiques multicolores, la vue est magnifique sur les environs boisés.

 

 

 

 

 

Ciel bleu d'azur, lumière douce de début de soirée.

 

 


 

 

Dans une zone proche de la sortie, Nek Chand a multiplié les séries de sculptures identiques. Des dizaines de chiens à la bouche ouverte, aux yeux turquoises.

 

 

 

 

 

Des êtres humains debout, aux habits de fête barriolés, multicolores. Des ours dansant dressés sur leurs pattes postérieures. Des porteuses d'eau au repos. Des chiens-loups noirs tachetés de blanc aux dents agressives. Des vaches hilares, gondolées de rire.

 

 

 

 

 

Des dizaines d'êtres courbés vers la droite ou vers la gauche. Des oiseaux posés sur un mur.

 

 

 

 

 

Soudain, un peuple de singes, alignés comme les soldats d'une armée de la jungle, la queue figée au garde-à-vous, s'impose.

Vous passez devant les singes soldats, traversez la place, en silence.

 

 

 


Plus de 5000 sculptures peuplent son Royaume : beaucoup d'oiseaux, des hommes assis sur des sièges invisibles, des charmeurs de serpents, des ours dansant, des policiers en armes arrêtant un malfaiteur, des paons, des rois et des reines, des joueurs de tennis, des animaux bizarres, des hommes et des femmes au travail, des chameaux, des fidèles auprès d'une divinité, de grands cerfs, des amoureux, des buffles, des individus figés comme en extase...

 

 

 

 

 

 

 

 

Le corps des statues est en ciment, déposé sur une armature de métal : tiges de fer rouillé, squelettes de vélos. Les selles de vélo servent de têtes. Leurs habits sont en céramiques ou peints, leurs cheveux sont humains. Chand les récupère chez les coiffeurs...

 

 

Nek Chand s'autorise royalement ce qui fut interdit à Le Corbusier : la représentation humaine !

Parallèlement au fourmillement d'animaux réels et imaginaires, il multiplie à plaisir toutes les formes de représentation humaine.

Rien de ce qui est humain n'est étranger à Chand.

Ses sculptures figurent les métiers, les sports, les religions...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au fond du Rock Garden, de vastes amphithéâtres incrustés de céramiques multicolores, des grottes à colonnades, sont appréciés des amoureux.

 

 

 

 


On est émerveillé par les céramiques, où dominent les mandalas.


 

 


 

Dans un carré, les cercles successifs sont décorés avec un goût sûr. Je repère de nombreux animaux en céramiques : poissons, paons sur le sol, et sur un mur une superbe libellule au corps vermillon et carmin.


 

 

 

 

 

 

 

Tout à fait au fond, une file d'éléphants se tenant par la queue semblent quitter le Jardin.

 

 

Sur cette Grand-Place, on peut manger des en-cas, boire, assister à des spectacles donnés sur une scène sonorisée. Des deux côtés de la scène, deux femmes se dressent, le torse voilé, portant un plat. Contre les murs de grottes, on a déposé de gros arbres en ciment aux racines apparentes. A côté, d'autres arbres sont en élaboration. On peut voir les tiges de fer rouillé de leur structure. Certaines grottes sont remplies de piliers recouverts de céramiques multicolores.

Mais ces vastes espaces sont des culs-de-sac. Il faut reprendre une partie du chemin parcouru à l'aller pour trouver une sortie.

 

 

Affamé, je mordais dans un friand peu avant la tombée de la nuit, quand la pleine lune, passant au-dessus d'un cheval perché sur le toit-terrasse d'une grotte, m'interrompit.

 

 

 


Des statues de chevaux alignées sur des dizaines de mètres rêvaient de rentrer à l'écurie. Ils attendaient que la place se vide peu à peu de ses familles, des commercants, de ses amoureux attardés, pour descendre de leur perchoir, piquer un galop salutaire en hommage à la lune, puis leurs prières faites, rentrer dans les grottes pour une nuit courte, mais bénie.

 

 

Au retour, je pense à ces chevaux, à leurs cavalcades blanches zébrant la nuit avec une vitesse insouciante.

Soudain, je vois Balzac rédigeant dans la passion un article sur La Chartreuse de Parme, d'un inconnu surnommé  Stendhal.

La tête du rédacteur en chef !

Un article aussi long qu'un livre... Mais peut-on arrêter une tornade ?

 

 

Nek Chand a choisi sa méthode.

Il suffit de commencer, de continuer chaque soir ou chaque jour et au bout de plusieurs décennies, son rêve s'est réalisé.

Simple, non ?

 

 

Je pourrai écrire des heures sur Saini Nek Chand, son Jardin de rochers, de sculptures, de débris de vaisselles, de céramiques et de poteries, car lorsqu'on aime, le temps ne compte plus.

 

 

Entré dans le labyrinthe, on sort du temps, on se hisse sur une vague d'éternité qui déferle, immobile, au coeur de l'Inconditionné - les succès ou les échecs ne comptent plus, la vie ou la mort importent peu - la vague d'éternité déroule ses anneaux de Serpent, tandis que des statuettes en armes, nues, prêtes au Combat, veillent sur le Rock Garden.

 

Lionel Bonhouvrier.

 

 

 
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Publié à 11:40, le 9/08/2006, dans A4. Le ROCK GARDEN de NEK CHAND (Chandigarh), Chandigarh
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